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Romain Blanchard
Comédien

Je nais dans un grand parc, un Versailles pour les marginaux, un hôpital psychiatrique utopique. Mes premiers interlocuteurs sont des fous gentils et patients. Parfois, des hommes en bleu viennent dans le jardin et ma grand-mère me demande de rentrer dans la maison. Je regarde alors ces hommes par la baie vitrée ; ils passent la tondeuse dans un bruit d’enfer, avec une lenteur qui me fascine. Quand ils sont partis, je reviens dans mon jardin, si grand que je n’ose pas aller au bout, et je crée mes premiers mondes. Plus tard je revois ces hommes sans les reconnaître tout de suite : dans un carnaval organisé par l’hôpital, ils avancent avec des masques de dessins animés Walt Disney. Je mets du temps à comprendre que derrière les masques enfantins et les corps aux gestes décalés se cachent les visages tourmentés qui marchaient dans mon jardin. De ce premier spectacle de douceur comique, de souffrance et d’utopie, de carnaval et de paradis psychiatrique est né mon désir de théâtre. Sur scène, je retrouve le baroque de mes premières impressions avec Christophe Rouxel, son Marat-Sade et son Don Juan en 2008. Je travaille avec Charlie Windelschmidt et Valéry Warnotte du collectif Dérézo pour qui je joue Microfictions de Régis Jauffret au théâtre du Rond-Point de Paris 2009. La conscience politique, je la traverse et l’expérimente avec Clyde Chabot et ses Insurrections en 2011 et 2013. Dans les années 2000, je ne joue pas dans Plus belle la vie. En fait dans cette série c’est un personnage qui s’appelle Romain Blanchard, ce qui est assez compliqué. Ça a donné bien du mal à ma psy qui n’arrête pas de me dire qu’il ne faut pas que je confonde. Pour rigoler j’ai voulu faire un spectacle qui s’appelleraitJérémy Poppe du nom de l’acteur qui joue Romain Blanchard dans Plus belle la vie mais ma psy m’a dit que ça n’allait pas m’aider et que je j’avais autre chose à faire. Plus tard, Thomas Gonzalez et Yann Métivier font tomber mes masques dans leur mise en scène d’Oxygène à la Comédie de Saint-Etienne. Puis je rencontre Eric Sanjou de l’Arène Théâtre qui me fait jouer dans Le Tutu un ingénieur anarchiste et incestueux, m’encourageant à porter haut mes désirs de théâtre baroque en 2014. Je parle nouvelles technologies et animalité à travers les M.U.R.S. de la Fura dels Baus en 2015. Cette même année, je joue un pompier dans Le Metope del Partenone de Roméo Castellucci et je peux vous dire que c’est fatigant comme métier et que les collègues c’est pas facile. En 2016, j’accomplis un rêve d’ado en jouant pour l’émission Groland le rôle du dessinateur Luc de Charlotte Hebdo. Enfin, je retrouve la fragilité humaine et la douceur avec l’écriture de Camille Davin. Pour la première fois, j’entends une voix qui me parle au plus profond, qui me fait dire avec des mots simples et doux ce qu’il y a vraiment derrière les masques et les visages. C’est d’abord dans Ceux qui tombent en 2013 avec le deuil impossible d’une jeune femme pour son frère. Aujourd’hui, c’est dans Jardins suspendus et le récit d’un Japonais « évaporé » qui rencontre l’altérité en devenant par accident modèle dans un cours de peinture. Dans ce texte, profond et sensible, je retrouve mon îlot de verdure..